Article de Crystal Woodward (Membre du Conseil d’Administration de Luberon Nature)

L’été passé, à Lacoste, un groupe de personnes a décidé de mener une étude pour savoir s’il y avait encore des hirondelles dans la région. En effet, il semble que celles-ci disparaissent de notre paysage depuis quelques années, comme c’est le cas pour d’autres espèces d’oiseaux . On peut lire que, en France, les populations d’hirondelles de « fenêtre et rustiques » ont chuté de 30 % à 40 % en trente ans. (« L’hirondelle est-elle en voie de disparition…», 6 Mai 2022)  Les Hirondelles dites « de Fenêtre » (Delichon urbicum) construisent leurs nids à l’extérieur des bâtiments, sous les toits, on les voit pour la plupart dans les villages et les villes; nous les avons observé à Ménerbes. Les Hirondelles dites « Rustiques » (Hirundo rustica) font leurs nids dans les bâtiments agricoles, les garages ou les granges, donc on les trouve plutôt à la campagne, comme dans la plaine de Bonnieux, là où nous avons pu les observer.  

A noter que nous rencontrons aussi des Martinets, dont la forme ressemble aux hirondelles. Dans le ciel de Lacoste, en été, nous pourrons observer des vols de Martinets au niveau de la façade du Château, en haut du village; ils entrent dans les petites anfractuosités entre les blocs de pierre de taille pour faire leurs nids. Sur le site internet du Ministère de la Transition Ecologique et de la Cohésion des Territoires, et du Ministère de la Transition énergétique on peut lire que : “La biodiversité c’est le tissu vivant de notre planète. […] La diversité biologique actuelle vient de la longue et lente évolution du monde vivant sur la planète, depuis les premiers organismes vivants connus il y a 3,5 milliards d’années. (source : https://www.ecologie.gouv.fr/biodiversite-presentation-et-informations-cles)

Il est intéressant de suivre l’expérience concrète d’un petit groupe de personnes qui se sont focalisées sur ce thème, celui des hirondelles, sur le petit territoire du Luberon. 

(Image : https://www.oisillon.net)

Comment s’est constitué le groupe à la recherche des hirondelles ? Trois étudiants du programme d’art et design (SCAD) à Lacoste m’ont contacté, pour savoir où l’on pouvait trouver des hirondelles, dans les environs du village et dans les paysages du Luberon. Puis, Jean-Pierre Adrian, ancien berger à Lacoste et observateur d’oiseaux, nous a dirigé vers deux contacts clés : l’un, un membre de la LPO – Ligue pour la Protection des Oiseaux, Anne Caffiso, qui nous a accompagné à Ménerbes pour trouver les Hirondelles de Fenêtre et un couple dans la plaine de Bonnieux, qui avait chez eux des Hirondelles Rustiques.

Bénévole à la LPO, Anne effectue des relevés d’oiseaux dans plusieurs villages du Luberon, comptabilisant le nombre d’hirondelles et les nids, lorsqu’elle en trouve. Ainsi, à Ménerbes, elle nous a montré les nids sous les toits de plusieurs maisons dans le centre du village. A la boulangerie, nous avons vu 8 nids, côte à côte, en dessous de la génoise. C’était l’été, les hirondelles volaient, attrapant des insectes, pour les amener aux petits oisillons dans les nids, dont nous voyions sortir parfois juste les têtes. Quel plaisir d’observer les parents entrer et sortir des nids, pour nourrir les oisillons ! Et même de loin, nous pouvions les entendre gazouiller, c’était émouvant. 

(Image : https://www.oisillon.net)

Images : https://www.oisillon.net

Un texte de la LPO, dans “Fiche du citoyen : Cohabiter avec l’Hirondelle en ville”, nous explique : “En agglomération, on retrouve particulièrement une espèce d’Hirondelle : l’Hirondelle de fenêtre (Delichon urbicum). En un peu plus de 20 ans, ce petit passereau a subi un déclin de 41 %… Les Hirondelles de Fenêtre sont inféodées à nos constructions puisque celles-ci nichent sous les toits en récoltant plusieurs matériaux comme de la boue et des graviers avec lesquelles elles forment un nid constituant une boule close.  Ces oiseaux insectivores donnent des indices sur l’état de santé de notre environnement, comme sur l’utilisation massive de pesticides. En Provence, on peut voir l’Hirondelle de Fenêtre de Mars à Septembre, période où elle se reproduit et élève ses petits avant de s’envoler vers le continent africain où elle passera l’hiver. Chaque année, l’Hirondelle retrouve fidèlement le même nid, ce qui implique davantage de veiller à leur préservation!”

Un des problèmes pour les hirondelles, c’est que les gens détruisent les nids, ne voulant pas voir les fientes qui salissent les murs sous les nids. C’est tragique. Anne a expliqué que ça prend trois semaines pour faire le nid; si on le détruit, le temps de construire un autre nid, ce sera trop tard pour avoir sa couvée cette année.

Sur le site de la LPO, on lit que la destruction d’un nid d’hirondelle est ‘’Un acte interdit et puni par la loi. Ces espèces sont protégées et la destruction de leur habitat, même l’hiver, est passible de trois ans d’emprisonnement et jusqu’à 150,000 euros d’amende selon le Code de l’environnement.’’ Pourtant dans les petits villages comme ailleurs, une telle loi ne serait toujours pas appliquée. Nous avons vu les traces dans plusieurs endroits sous les toits où des nids existaient avant d’être détruits. Hélas ! Il est donc essentiel d’informer les gens de l’importance de ces nids. Par exemple, il est possible de poser des planches en dessous des nids pour éviter que les fientes tombent contre le mur. Cependant il est rare que les propriétaires prennent de telles mesures, se plaignant parfois que des pigeons pourraient se poser sur ces planches. Une autre explication sur la diminution des oiseaux, sont les pesticides : moins d’insectes, les hirondelles ne trouvent pas assez à manger. Le deuxième endroit que nous avons visité se trouve dans la plaine de Bonnieux, chez un couple qui, depuis des années, a un troupeau de brebis – ce qui est utile pour attirer de nombreux insectes volants. Ici nous avons observé les Hirondelles Rustiques. C’était magnifique de les voir, faisant des vols rapides autour de la maison pour attraper des insectes, avant d’entrer dans la grange, où se trouvaient leurs petits dans des nids. Ce couple est content d’avoir ces oiseaux à demeure, ils laissent la porte de la grange ouverte pour que les hirondelles puissent y entrer, et ils sont contents de les voir revenir année après année. Pourtant, ils disaient que cette année, 2022, ils en voyaient moins que des années précédentes, et c’est inquiétant. Malheureusement, dans beaucoup de nouvelles constructions ou de rénovations, les gens, inconsciemment ou intentionnellement, laissent peu de place pour les hirondelles. Sans des lieux pour les nids, il y a un appauvrissement des hirondelles, et de la biodiversité d’une manière générale.

Dans un article de La Dépêche intitulé « Déclin des oiseaux : « Cette année, les hirondelles ne sont pas revenues«  », on lit que “les environnementalistes estiment ainsi qu’en France, 40 % des hirondelles ont disparu en deux décennies tandis que chez nos voisins, la Société espagnole d’ornithologie évalue à 500,000 le nombre d’hirondelles qu’elle perd chaque année.” Pierre Maigre de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) d’Occitanie a écrit que l’hirondelle « fait donc aussi partie des 43 espèces (d’oiseaux) aujourd’hui en fort déclin’ » et que ceci « témoigne du mauvais état de la biodiversité en Europe et… en Afrique ».

Le réchauffement climatique leur fait du mal : revenant de l’Afrique, “avec le réchauffement climatique et des hivers secs, elles ont plus en plus de mal à trouver de la boue pour leur nid quand elles arrivent »; et, « les espèces migratrices arrivant de plus en plus tôt, elles se retrouvent affamées parce que les insectes qui les nourrissent, eux, ne sont pas encore sortis. Comme explique une personne, chargé d’études de la LPO, “L’artificialisation croissante des sols rend la boue rare, alors que c’est une matière essentielle à la construction du nid des hirondelles.”

« L’artificialisation des sols » – pour mieux comprendre ce terme – , “conséquence directe de l’extension urbaine et de la construction de nouveaux habitats en périphérie des villes, est aujourd’hui l’une des causes premières du changement climatique et de l’érosion de la biodiversité. Le gouvernement souhaite protéger ces espaces naturels, en instaurant l’objectif de ‘zéro artificialisation nette’ prévu par le Plan Biodiversité, et travailler avec les collectivités pour repenser l’aménagement urbain et réduire efficacement l’artificialisation des sols.  » (Voir la fiche sur le site internet du Ministère de la Transition Ecologique et de la Cohésion des territoires). “Ce phénomène consiste à transformer un sol naturel, agricole ou forestier, par des opérations d’aménagement pouvant entraîner une imperméabilisation partielle ou totale, afin de les affecter notamment à des fonctions urbaines ou de transport (habitat, activités, commerces, infrastructures, équipements publics…) »

Mais, qui est à l’écoute de ces bonnes initiatives ? Il y a trop d’instances des élus ou d’autres personnes des villages et des villes dans la région qui continuent à vouloir s’agrandir, avec lotissements, zones de développement, routes, etc., et ce, en sacrifiant des bonnes terres agricoles et zones naturelles. Se pose en outre la question de l’effet de serre. Toute cette urbanisation, ces constructions, vont-elles dans le sens opposé à l’objectif sérieux — énoncé — de réduire l’artificialisation des sols, et donc de l’effet de serre ?

Un Document « Plan Climat, Pays d’Apt Luberon« , nous rappelle, « La majorité des gaz à effet de serre du territoire sont émis par le transport routier (48 %) et le chauffage des logements (24 %) […etc.] « Répondant à la question, Quel impact l’augmentation du carbone dans l’atmosphère a-t-elle sur nos vies ?”, un philosophe du développement durable, Dominique Bourg, a répondu, « une variation de température moyenne sur l’ensemble de la planète n’a rien à voir avec les variations de la météo. +2 °C en moyenne sur terre va nous donner des températures qui pourront avoisiner les 50 °C l’été en France ». « Il ne s’agit donc pas de ‘quelques’ degrés supplémentaires permettant de passer de plus agréables vacances au nord du pays. L’augmentation de température sera en réalité bien plus forte, jusqu’à changer drastiquement les conditions de vie sur terre et même les rendre invivables par endroits. »

C’est non seulement les hirondelles, mais aussi de nombreux êtres humains à travers le globe, qui pourraient perdre leurs habitats et la nourriture indispensables à leur survie. Pourtant, l’envol gracieux de ces oiseaux, l’élan vif, le soin donné à leurs petits, peut nous aider à réfléchir, et à comprendre qu’il est temps d’agir autrement, de limiter notre expansion humaine. La diminution des hirondelles est juste un petit exemple de la destruction que nous les êtres humains sommes en train d’infliger sur notre environnement vital. 

Ce sont des questions au cœur du travail de l’Association Luberon Nature. 

A lire, disponible sur internet, pour en savoir plus sur les hirondelles :  

Hirondelles dans le Luberon